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Le FDTL et le CPR peuvent nous faire gagner 10 ans

Cette note est une spéculation personnelle sur l’avenir politique en Tunisie pour les 10 prochaines années.
Je vous encourage à critiquer cette analyse et à pointer ces faiblesses.

cpr_ettakatolLe FDTL est aujourd’hui était jusqu’à hier à la croisée des chemins. Doit-il rentrer au  gouvernement d’union nationale “GUN” sous le  leadership d’Ennahdha ?

Je vois voyais 2 scénarios :

  • Scénario 1 : Le FDTL rentre dans le gouvernement
    • Une partie de ses militants (les indignés) l’abndonneront pour un des partis qui se disent “modernistes”, à savoir le PDP, le Pôle démocratique et Afek Tounes
    • d’ici quelques mois, le FDTL se fait absorber par le CPR car il est trop petit pour peser seul sur la scène politique, et il n’aura pas montré assez de force de caractère pour prendre le leadership
  • Scénario 2 : Le FDTL ne rentre pas dans le GUN
    • il entraîne le CPR avec lui dans une posture d’opposition
      • et fusionnent au bout de quelques mois pour devenir la deuxième force politique derrière Ennahdha.
      • ils finissent tous les deux par absorber les partis modernistes
    • il n’arrive pas à entraîner le CPR avec lui dans une posture d’opposition
      • il perd une partie de ses militants au profit du CPR,
      • récupère une partie importante des militants modernistes
      • au bout de quelques mois, il absorbe le PDP, le Pôle démocratique et Afek Tounes

Le FDTL a déjà annoncé son intention de faire partie du GUN. C’est donc le premier scénario qui devrait se poursuivre.

Et maintenant?

Analysons la situation actuelle dans l’assemblée constituante:

  • Ennahdha dispose de 90 sièges, soit 41.5%
  • CPR et FDTL ont ensemble 51 sièges, soit 23.5%
  • PDP, le Pôle démocratique et Afek Tounes ont 26 sièges. soit environ 12%.

Mon sentiment est que le CPR et le FDTL sont plus proches des partis modernistes que d’Ennahdha; En effet, ils ont en commun la revendication de bâtir un état 100% civil, sans doctrine religieuse.
S’ils venaient à fusionner ensemble, ces partis “civils” représenteraient ensemble 35% des sièges et pourront constituer un contre-poids réel à Ennahdha dans l’assemblée constituante et pendant les prochains rendez-vous électoraux (municipales, législatives..).

Ainsi ce scénario déboucherait sur une coexistence  entre conservateurs (Ennahdha) d’un côté,  et démocrates (Fusion du CPR,FDTL,PDP,Afek et du Pôle), un peu comme chez plusieurs pays européens et aux USA. Ce parti pourrait d’ailleurs s’appeler “Parti Démocrate Tunisien” et serait l’équivalent des “Democrats” américains, du “Labour” anglais et du PS français.

Le danger n’est pas toujours là ou on le croit

Le problème, c’est que ce modèle politique dont s’inspirent les tunisiens commence aujourd’hui à s’essouffler et à montrer ses limites. Il n’y a qu’à voir les révoltes en Espagne, en Grèce, le mouvement Occupy WallStreet etc. pour conclure que ces systèmes ne convergent pas vers une paix sociale, mais vers un système avec des inégalités économiques croissantes, et dont la seule issue est l’explosion violente de l’équilibre social.

La question que le lecteur (tunisien) se pose à ce moment de l’analyse, est la suivante : “A quoi ressemblera la situation dans notre pays dans 10 ans ?

Va t-on se retrouver avec

Mais revenons aux protestations occidentales qui ont éclaté avec les révolutions arabes. Quel est le modèle politique qui en émergera?
On peut s’attendre (et espérer) l’émergence de systèmes politiques basés sur plus de transparence et plus de justice sociale. Peut-être même verra t-on l’instauration à grande-échelle de nouvelles démocraties semi-directes, selon le modèle Suisse, ou carrément des démocratie directes, selon le modèle de l’Islande, depuis sa crise financière de 2008.

Que peuvent faire Le CPR et le FDTL pour éviter à la Tunisie de sombrer droit vers un système corrompu par nature, et nous mener vers une société plus équitable, éveillée, moderne et prospère ? ?

Une vision optimiste du futur “الشفافية هي الحل”

Dans leur discours, le FDTL et le CPR nous promettent l’instauration de la transparence comme moyen de lutte contre la corruption.

Pour le CPR, (dont le programme n’est disponible qu’en langue arabe est disponible ici)

Quant au FDTL, voici ce à quoi il s’engage dans son programme :

  • Point 17: Garantir l’indépendance de la Cour des comptes et veiller à la diffusion publique de ses rapports
  • Point 23: Instaurer des mécanismes garantissant l’autonomie, la neutralité, la transparence et
    l’efficacité des Institutions en charge du contrôle et de la surveillance
  • Point 37: [...] Création d’une chaîne parlementaire transmettant en direct les débats des assemblées pour en garantir la transparence
  • Point 41: Garantir la transparence à toutes les étapes des concours administratifs,[...]
  • Point 54:  [...] récupérer toutes les entreprises et actifs détenus par les proches de l’ancien système et confier
    leur gestion à une institution régie par un cadre juridique adapté afin de lui conférer transparence et efficacité

Ces bonnes intentions me donnent l’espoir que nous ne sommes pas condamnés à faire les mêmes erreurs que l’occident.

Voilà aussi pourquoi il est permis d’être optimiste:

  1. Moncef Marzouki et Mustapha Ben Jaafar sont tous les deux réputés pour leur intégrité.Ils ont tous les deux enduré des décennies d’oppression sans renoncer à leur valeurs. Ils ont tous les deux respectivement 66 et 71 ans. Pas trop vieux pour être essoufflés et pas trop jeunes pour devenir des dictateurs. Ils sont aujourd’hui entourés de compétences jeunes, qualifiées et motivées [citation nécessaire]
  2. Un élan historique est en train de secouer le monde et la Tunisie en est l’épicentre. L’énergie semble être à son comble pour favoriser des transformation sociales et politiques profondes.
  3. Le niveau de l’éducation du tunisien est respectable. Le pays peut compter sur des compétences techniques diverses pour la mise en place d’un système de gouvernance transparente.

Comment situer Ennahdha dans cette projection?

Personnellement, je pense que non seulement Ennahdha ne s’opposera pas à un élan de transparence et de gouvernance ouverte, mais elle pourra carrément être l’un des moteurs d’une telle démarche. Cela répond à une revendication de son électorat qui réclame une rupture avec la corruption, et son programme officiel en 365 points comprend même les points suivants :

  • Point 5 : Nous oeuvrons à l’instauration d’un régime républicain réel,[...] et se base sur les principes de citoyenneté, [...], de transparence …
  • Point 24: Garantir l’indépendance de la Cour des comptes, [...], consacrer le principe de transparence dans la gestion financière et administrative …
  • Point 77: Rendre plus transparents les contrats de location des terres domaniales…
  • Point 116: Appliquer les règles de la concurrence et de la transparence dans les transactions commerciales …

Conclusion

En fin de compte, il y’a en Tunisie un potentiel important d’opportunités politiques pour instaurer des changements positifs, qui profiteront à tous les citoyens à moyen et long terme.

Le débat social sur l’identité me parait important, mais largement moins important que les réformes politiques et économiques que nous avons à faire dès maintenant. La société civile peut jouer son rôle pour le reste.
Nos partis politiques peuvent construire quelque chose d’utile et de concret pour le citoyen lambda, s’ils se concentrent sur les chantiers des réformes et de la reconstruction des institutions.

En mettant l’accent dès maintenant sur la transparence de l’état, le CPR et le FDTL peuvent nous faire gagner 10 ans.

Update:
Rajouté le lien vers le programme du CPR en Français. Merci @Wassel



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7 Responses

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  1. Skander said

    Tout à fait de ton avis Jaz, concernant surtout la deuxième partie de ton billet. Je remarque néanmoins qu’Ennahdha se fait de plus en plus complaisant, remettant (de fait) quelque fois ses principes fondateurs en question (sic).

    Cela devient dangereux si le GUN réunit des partis qui sont prêts à remettre en question certaines valeurs fondatrices pour “en être”, et je vois TOTALEMENT Ennahdha faire ça, TAKATOL peut être bien, mais Le CPR à un degré moindre. Who knows ?

  2. Habib said

    Ennahdha est un Parti Civil comme les autres , alors à partir de là, toute cette analyse tombe dans l’eau !!!!

  3. Mohamed Ali Sellami said

    Très belle analyse, ayant l’avantage d’être pédagogique.

  4. admin said

    @habib ennahdha = “حركة الاتجاه الإسلامي” . mais au delà des mots et de la linguistique, et sans jugement de valeur, je pense que tu seras d’accord pour dire que le parti Ennhdha s’appuie sur des principes directement inspirés de l’Islam, par opposition des autres partis cités, qui s’inspirent de valeurs sociales universelles (par liés à une religion). Les principes ne sont pas forcément (ou pas toujours) contradictoires. C’est le lien à une religion qui différencie Ennahdha des autres

  5. swordeddine said

    Pour les mouvements d’indignés actuels, la transparence est devenue une finalité, alors qu’ici nous avons peut-être la chance de l’avoir comme outil, d’ailleurs l’outil suprême pour la justice sociale, qui peut résumer à lui seul, démocratie, libertés, égalité des chances…
    Je trouve l’analyse très bonne mais quelque peu naïve (dans le sens où Jazz présage une bonne volonté à toute épreuve, donc sans avidité de pouvoir et sans soif de vengeance), Mais ne crois-tu pas que la priorité de ces politiciens (B.Jaafar et Marzouki) seront inspirés par leur long vécu, et mèneront un combat aujourd’hui obsolète qui ne sera que le leur ? En effet leurs discours s’articulent autour de problèmes qui leur sont propres, importants sans doute, mais qui ne doivent pas être mis en tête de la liste des priorités.
    Espérons qu’ils soient “visionnaires” ou du moins assez stratèges et bien intentionnés pour analyser ce qui se passe partout dans le monde, afin de mettre les pierres angulaires d’un système “avant-gardiste” ( je ne demande pas des miracles non plus) qui préviendrait à long terme ce que vivent aujourd’hui les démocraties traditionnelles.

  6. Moez said

    cette analyse tient parfaitement la route. Il manque cependant une composante essentielle que tout le monde a tendance à oublier : le peuple. Sans la volonté du peuple, les dirigeants pourront hurler à longueur de journée pour la transparence, ca ne changera rien. Il y a deux mouvements inverse qui coexistent: un mouvement de bas en haut et un mouvement de haut en bas. si l’un des deux manque, on revient à la meme situation qu’à l’époque de ZABA. Si le chef de l’Etat est un voleur, cela suit le mouvement de haut en bas, et le peuple finit lui-meme par ressembler à son chef. Et “vice” versa. La corruption doit etre combattu par les politiques mais ne doit pas etre entretenu par le citoyen. En d’autres termes, le vrai défi est d’inculquer la citoyenneté chez le Tunisien. Il faut que l’étudiant qui suit des cours à l’université (et pour lesquels il ne paie rien puisqu’il est pris en charge par la population active) soit conscient de la responsabilité et fait preuve d’assiduité. De meme, pour les gens qui travaillent, ceux qui ne paient pas leurs taxes, ceux qui demandent à l’agence de police un calendrier pour ne payer la contravention etc.

  7. Hamdi said

    Bonne analyse globalement, mais elle repose sur un seul postulat: la possibilité d’une alliance FDTL-CPR. Or, le CPR se montre pour le moment assez naïve politiquement et je pense que même dans le cas ou il intègre le GUN c’est pas par alliance avec ENNAHDHA, et le contraire ne signifie pas qu’il se place en opposition. Le CPR joue front-jeu en défendant ses propres idéologies sans se soucier si elles viennent en opposition ou en harmonie avec tel ou tel parti. je le vois plutôt en cavalier seul qui peut faire basculer les votes un peu partout comme bon lui semble.
    Un autre point faible de l’analyse, c’est l’avenir du PDP. Certes, les élections de l’ANC est une gifle mémorable pour cet ex-poids lourd mais ça sera curieux de voir son comportement dans les mois a venir. Regorgeant d’un bon nombre d’as de la politique, je suis presque sur qu’il saura reprendre son éclat et regagner l’électorat, mais au dépend de quel parti? c’est à l’avenir de nous le révéler