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Interview OpenGov avec Hédi Ben Abbes, secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères

Interview réalisée par Jazem Halioui, le 17 Avril 2012 à Brasilia au Brésil en marge du Sommet OpenGov Partnership OGP 2012
hedi_ben_abbes_7ellHédi Ben Abbes, secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères chargé de l’Amérique et de l’Asie

  • “Pas de démocratie sans gouvernance ouverte.”
  • “Le gouvernement doit rendre des comptes”
  • “Aujourd’hui, la Tunisie s’engage dans la démocratie participative.”
  • “Nous soutenons l’ouverture d’un bureau régional OGP à Tunis”
Qu’êtes-vous venu faire au Brésil ?
Je suis venu représenter la Tunisie à cet important sommet « Open Government Partnership » car la Tunisie s’est engagée dans un processus de transition démocratique que nous voulons irréversible. Or point de démocratie sans transparence et sans rendre des comptes. Pas de démocratie sans gouvernance ouverte.
Par ailleurs, les répercussions économiques et sociales d’une telle direction sont capitales pour notre pays.
D’abord, sur le plan social, lorsque le citoyen est conscient de ses droits et devoirs, ces mêmes droits seront préservés. Un autre corollaire de la gouvernance ouverte, c’est la fin de la corruption. Pour qu’aucun responsable ne puisse induire ses concitoyens en erreur, nous avons besoin de la transparence la plus rigoureuse dans les affaires publiques.
Prenons aussi l’exemple des municipalités ; un citoyen qui connait le budget de sa municipalité, ses dépenses et qui a la possibilité de discuter les prises de décision est un citoyen plus responsable, qui paiera ses impôts de bon cœur.
En résumé, l’OpenGov, ou « gouvernance ouverte » est un modèle de bonne gouvernance qui permet aux citoyens de connaître les responsables, à l’échelle locale ou nationale, et surtout de les tenir responsables.
Ensuite, sur le plan économique, voici un exemple des enjeux de l’OpenGov ; Le Ministère des Affaires Etrangères étant en relation avec des investisseurs étrangers, ceux-ci nous demandent : Qu’avez-vous fait pour la transparence de la justice ? la transparence des appels d’offres ? la transparence des budgets ? Si notre système est transparent, les investisseurs vont venir de toutes parts. Tel est aussi le lien entre la transparence et la prospérité économique.
L’OpenGov est un terme nouveau aux contours encore flous. Qu’est ce que l’OpenGov pour vous ?
Pour moi, l’OpenGov est une révolution des concepts de la « Transparence », la « Bonne gouvernance », et de la « Responsabilité ».
Avant [la révolution], ces concepts étaient vidés de leur sens ou ont été pervertis. La révolution vient leur redonner leur sens initial, le redévelopper, le réinventer. La révolution prend ces concepts pour aller plus loin. Et c’est là que nous, tunisiens, pouvons innover.
Par exemple, sur nos lieux de travail, la révolution c’est d’aller d’un monde du secret, du confinement, des conciliabules, des portes matelassées et fermées, des moyens de communication contrôlés, vers un monde ou nous cassons les cloisons, ou l’espace est ouvert entre collègues, les obstacles sont éliminés, la communication est fluide.
Et concrètement, pour le citoyen moyen ?
Bien que la tâche soit très grande, le gouvernement s’y est lancé sans hésitation.
Pour le citoyen moyen, les documents et les archives de l’administration doivent être ouverts. Le gouvernement doit rendre des comptes, publier son programme, son budget. Le citoyen devra ressentir un véritable changement qualitatif dans son rapport avec le gouvernement. Je pense qu’un nouveau mode de gouvernance doit être inventé ; Ne faut-il pas impliquer l’assemblée nationale constituante pour donner la voix au peuple à travers ses représentants?
Le citoyen doit pouvoir participer à la vie publique par divers canaux possibles. Prenons l’exemple de la réforme sur les horaires administratifs dans la fonction publique, pilotée par Mohamed Abbou. Une consultation nationale a été lancée à travers un site Internet. C’est au citoyen de s’exprimer, et le gouvernement assume pleinement ce choix de gouvernance.
Prenons un autre exemple, celui des appels d’offres publics. A cause de l’opacité qu’on a connu auparavant, beaucoup de tunisiens ont été exclus de ces opportunités économiques et notre pays a certainement raté plusieurs point s de croissance à cause de ce problème. Si nous rendons les règles des appels offres complètement transparentes, alors nous aurons une tradition d’équité entre les entrepreneurs qui ne pourra qu’améliorer l’efficacité économique de notre pays.
Même chose pour les concours de recrutement dans la fonction publique. Lorsque les différents acteurs (fonctionnaires, syndicats, gouvernement, candidats..) sont impliqués dans la définition des règles de recrutement, alors il n’y aura plus d’injustice, et nous retrouverons la paix sociale.
Vous citez la consultation sur la réforme horaire de Mohamed Abbou. Celui-ci vient de se plaindre du faible taux de participation à cette consultation. Les gens ne participent pas parce qu’ils pensent que leur avis ne pèsera pas. Faut-il que la participation citoyenne devienne un droit institutionnalisé ?
Méfions-nous d’un trop plein de lois. L’abstention reste une forme d’expression. Sinon, je pense personnellement que c’est surtout l’absence d’une culture des consultations citoyennes qui est la cause à la faible participation actuelle. Il aurait peut-être fallu une campagne de communication de plus grande envergure à cette consultation. Il aurait fallu aussi impliquer le citoyen, le premier intéressé par le service public, et non seulement les fonctionnaires, dans cette consultation.
L’expérience reste néanmoins positive et constitue selon moi un pas significatif vers l’instauration d’un nouveau mode de gouvernance et de participation citoyenne dans les affaires publiques.
En tant qu’émissaire de la Tunisie dans ce sommet, pouvez-vous nous rendre compte de vos activités durant ce sommet (en toute transparence) ?
J’ai effectué plusieurs contacts bilatéraux ; avec le gouvernement des Etats Unis d’Amérique, de la Géorgie et du Brésil, ou nous avons échangés nos expériences relatives.
J’ai aussi reçu une invitation de deux pays, L’Afrique du Sud et Le Kenya, pour aller partager l’expérience Tunisienne en matière de gouvernance ouverte.
Aujourd’hui, la Tunisie revendique une place de leadership en Afrique et dans le monde arabe. Le plus important est de donner cette stature internationale de nouvelle démocratie transparente à notre pays. C’est amplement dans nos cordes. Et ce sera aussi une des clés d’une prospérité économique dans un monde de plus en plus globalisé. Peu de gens le savent, mais l’accord de partenariat avec l’Union Européenne a longtemps été entravé par notre non-conformité à son Article-2 concernant la transparence et les droits de l’homme. Aujourd’hui, la Tunisie s’engage dans la démocratie participative.
La Tunisie va-t-elle adhérer à cette coalition internationale «OpenGov Partnership»?
Nous y travaillons. Le processus d’adhésion à l’OGP est formel et rationnel. Il comporte 4 critères : 1-La transparence fiscale, 2-L’accès à l’information, 3-La publication des revenus et du patrimoine des haut fonctionnaires et 4-La participation citoyenne.
La Tunisie post-révolution possède un score proche de l’éligibilité. Nous travaillerons durant les prochains moins à affiner notre plan d’action OpenGov que nous voulons comme témoin du leadership tunisien en la matière, et que nous présenterons dans 6 mois à David Cameron qui sera le prochain président de l’OGP.
La société civile a beaucoup à faire également ; Nous serons par exemple très honorés si l’OGP ouvrait un bureau régional à Tunis, géré par la société civile, de manière indépendante du gouvernement. Nous soutiendrons une telle initiative car elle serait un contre-pouvoir supplémentaire nécessaire à toute démocratie vivante.

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