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Polémique sur les vrais salaires des ministres tunisiens

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Combien touchent vraiment les ministres tunisiens?

J’ai tenté de répondre à cette question dans un article publié en Juin 2012, en me basant sur les budgets détaillés de l’état tunisien, qui ont été publiés sur Internet pour la première fois de l’histoire de la Tunisie.

Cet article a été lu plus de 7000 fois, essentiellement lors de sa publication en Juin dernier. Dimanche dernier, j’ai constaté un nouveau pic de (1500) visites sur ce blog qui allaient à cet article. (Il semble que ce soit cette page Facebook qui a relancé le débat sur les salaires des ministres).

L’article semble avoir plu à son lectorat, puisque sur les 6500 personnes (visiteurs uniques) qui l’ont visité, plus de 1900 l’ont partagé ou “liké” sur Facebook.

La polémique:

Pourtant, certains n’ont pas du tout aimé l’analyse.Wahbi Jomaa,  a eu la gentillesse de partager ses franches critiques avec moi, que je reprends ici :

  1. Des hypothèses fausses
  2. Des conclusions lapidaires
  3. Un titre “arnaque”

1) Hypothèses fausses: le calcul se base sur des salaires moyens eux même arrondis. Il faut juste noter que sur la base d’une erreur de 0,5D (l’arrondi) sur le salaire moyen pour chacune des lignes nous avons une erreur globale supérieure à 3MD du même ordre de grandeur que le chiffre annoncé de l’écart trouvé. L’approche est de fait mathématiquement biaisée car on fait à la fin une soustraction de grands nombres pour trouver un petit qui est du même ordre de grandeur que l’erreur sur les grands. Tu peux avoir des erreurs de même nature avec autant de conséquences sur l’écart de la valeur du ratio Net/Brut …
2) La conclusion lapidaire, je ne vais plus utiliser le même mot qu’avant “on trouve un écart de 2.7 millions de dinars. C’est à dire 86% de plus que le budget théorique dédié à la rémunération des ministres et secrétaires d’état.” Pour moi cette conclusion est erronée et dangereuse car laisse croire sur le base de calculs savants (donc nécessairement indiscutable pour le commun des mortels) qu’il y a un écart de 86% entre le salaire déclaré publiquement et celui perçu réellement. (je reviens plus tard sur ce volet)
3) le titre “Le vrai salaire”: cela veut dire qu’il y a un faux salaire, derrière il y a une orientation vers “attention les amis il y a des tricheurs” puis ça continue par “expliquer le trou de 86% du budget de l’état” ai je franchement besoin de commenter ? Honnêtement ce titre, moi je l’appelle simplement une arnaque (désolé)

J’en reviens au point que je voulais évoquer pour aller au delà de cet exemple. D’abord, je vois la transparence comme un outil de confiance entre gouvernants et gouvernés. Le gouverné qui se dit il n’a rien à cacher donc il est clean et le gouvernant se dit tout est public et il n’y aucune raison d’être suspecté de malice. Mais ceci n’est possible que si les intermédiaires (et il en faut) acceptent de jouer un rôle pédagogique qui est à mon avis essentiel. Ceux que j’appelle des intermédiaires peuvent être des journalistes, des associations (oeuvrant dans la citoyenneté, dans l’éducation populaire ou dans l’OpenGov par exemple) et qui possèdent les moyens de digérer un certain nombre d’informations pas toujours faciles à comprendre et de les présenter de façon synthétique au public visé. Si par contre les intermédiaires se servent de cette transparence, de cette abondance de données pour enrober de science un message préconçu alors la transparence peut jouer dans le mauvais sens (je ne dis pas que l’intention était là dans le cas particulier de cet article mais je vais au delà).

Pour moi cet article aurait du être une belle démonstration par l’absurde du besoin absolu de transparence avec un message du type: regardez avec des données trop parcellaires on peut arriver mathématiquement à des conclusions catastrophiques alors qu’il aurait été beaucoup plus simple de publier officiellement les salaires et les avantages des ministres et comme ça on se poserait même pas la question si les chiffres annoncés sont faux ou non.

Ma réponse:

Bien que je partage le message proposé par Wahbi Jomaa à la fin de sa critique, je tiens à y apporter une réponse point par point:

  • Des hypothèses fausses:
    D’abord, l’ensemble des hypothèses de calcul que j’ai utilisé est transparent. Elles ont été puisées sur des articles de la presse électronique tunisienne (documentés avec leurs liens) et dans le budget 2012.

    • Wahbi Jomaa : “…sur la base d’une erreur de 0,5D (l’arrondi) sur le salaire moyen pour chacune des lignes nous avons une erreur globale supérieure à 3MD…”
    • Une erreur de 0.5 D sur le salaire moyen donne une erreur annuelle de 0.5*12 = 60 Dt. Je ne vois pas comment on arrive à une erreur globale de 3MD !
    • Bref, ce que je dis, c’est que d’après les déclarations médiatiques de divers ministres, ceux-ci devraient coûter à l’état environ 3 milliards de millimes par an. Or le budget 2012 leur réserve environ le double au titre de rémunération. Pour moi, cet écart non négligeable est alarmant.
  • Des conclusions lapidaires:

    • Wahbi . Jomaa : “..cette conclusion est erronée et dangereuse car laisse croire sur le base de calculs savants (donc nécessairement indiscutable pour le commun des mortels) qu’il y a un écart de 86% entre le salaire déclaré publiquement et celui perçu réellement..”
    • C’est exactement cette suspicion qui est l’enjeu de l’article. Si les hypothèses et les calculs sont raisonnables, comment expliquer cet écart ? Pour nous autres citoyens, devons nous croire à la bonne foi de nos gouvernants sans poser de questions, pointer les anomalies du doigt et demander des comptes ? sans transparence sur les dépenses publiques, le mystère sur cet écart reste encore entier en Janvier 2013.
  • Un titre “arnaque”:
    • Wahbi Jomaa : “…le titre “Le vrai salaire”: cela veut dire qu’il y a un faux salaire, derrière il y a une orientation vers “attention les amis il y a des tricheurs”..”
    • Entre les déclarations par ci et par là des différents ministres, et les chiffres révélés dans le budget officiel, je préfère croire le budget publié dans le JORT, qui reste la référence légale supérieure. Le faux salaire est celui qu’annonce le ministre en déformant ou en cachant une partie de la réalité ou en mentant carrément. Le vrai salaire est celui qu’il touche dans sa poche à partir des caisses du trésor public. Le contraste est réel, l’histoire de tous les gouvernements est entachée de tellement de distorsions et de manipulations qu’il serait à mon avis imprudent de présupposer la bonne foi lorsqu’il n’y a pas de transparence.
    • Pour le commun des mortels, la question du budget public est une question qui peut être trop abstraite et sophistiquée. Mon choix d’étudier les salaires des ministres est une tentative de vulgarisation de l’enjeu. Je reconnais volontiers que l’analyse est superficielle en disant : “…Cette étude très basique et finalement assez légère, qui  révèle une anomalie potentielle pourrait faire penser que l’intention de cet article est d’accabler le gouvernement de Hamadi Jebali et des partis Ennahdha, Ettakatol et le CPR. Il n’en est rien. L’objectif de cet exercice est que nous commençons tous un exercice citoyen fondamental en nous intéressant à la manière dont l’argent public est géré par les autorités. Souvenez-vous qu’il était impensable de faire cela avant 2011. L’information publique nous était cachée et nous n’avions pas la matière nécessaire pour demander des comptes aux gouvernements précédents…”

Conclusion:

Je renouvelle l’invitation à tous les citoyens pour améliorer les hypothèses de calcul, mais aussi pour effectuer d’autres analyses sur le budget 2013 qui vient d’être publié sur Internet grâce aux efforts de la société civile.

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2 Responses

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  1. Wahbi JOMAA said

    Jazem j’adore ta réponse et surtout ta patience. Deux petits points si tu permets:
    - j’ai horreur du qualificatif Pr car ce n’est pas en ces termes que j’interviens mais tout bonnement en tant que citoyen
    - le 0,5D d’arrondi il est à multiplier par 12 comme tu l’as fait mais aussi par le nombre de fonctionnaires à savoir 580146 (pour reprendre tes chiffres) ce qui donne 3,48 MD ou alors j’ai raté quelque chose dans le raisonnement

  2. admin said

    @Wahbi, Merci d’avoir pris le temps de la critique.
    Ce que je dis, c’est que d’après les déclarations médiatiques de divers ministres, ceux-ci devraient coûter à l’état environ 3 milliards de millimes par an. Or le budget 2012 leur réserve environ le double au titre de rémunération. Pour moi, cet écart non négligeable est alarmant.